Le jardin de la Lozère

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Du pont du Tarn à Ispagnac, sur une douzaine de kilomètres, la rivière contourne le Méjean pour aller à la rencontre du Sauveterre. Ce n'est pas encore les gorges, mais cela les annonce et joliment les prépare.

cantonnet_pontIl y a d'abord Saint Julien du Gourg avec une délicieuse vue sur le Tarn s'incrustant dans les flancs du Méjean. Puis le village de Faux avec ses maisons étagées entre deux routes et ses vergers descendant jusqu'à l'eau. Et Le Cantonnet où la vallée s'évase quelque peu et où aboutit le ravin de Montmirat.

 

Cette courte et grandiose vallée forme tout naturellement l'avenue des gorges. Et quelle avenue ! On s'y croirait dans un décor de théâtre avec changement à vue : le promontoire de Chaumette s'y intercale entre deux éperons de la serre de Paillos, obligeant le Tarn à décrire trois coudes successifs. Et le dernier aboutit à un brusque écartement des parois.

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On se trouve alors en présence du bassin d'Ispagnac qui constitue véritablement le hall d'entrée des gorges.

Les deux causses ont rivalisé de générosité pour offrir à Ispagnac un cadre digne de lui. Tandis que le Méjean dresse à 1056 m., la serre de Paillos, en face, le Sauveterre, présente le promontoire de Chaumette, "crénelé comme une forteresse", et haut de 1046 m., tous deux dominant bourg et Tarn sur plus de 500 mètres.

Protégé des vents du nord et du nord-ouest, bénéficiant d'un ensoleillement qu'emmagasinent et réfléchissent les parois de ses falaises, le vallon d'Ispagnac jouit d'un climat presque méridional qui lui a valu d'être considéré comme "une seconde vallée de Tempé", et d'être communément appelé "jardin de la Lozère".

Comme il regorgeait de fruits, de légumes variés, de vin et de raisins dorés, on avait baptisé ainsi notre joli vallon.

Ce label, nous le devons à nos ancêtres, rudes et beaux gars qui maniaient la pioche pendant toute l'année, dans les vignes et dans les jardins. Ils étaient recherchés aux saisons des blés et vendanges pour leurs qualités de travailleurs. On les appelait Les Carabiniers (en patois : Lous Caréjiares), ce nom dérivant du verbe patois "carréja" ou "carrabineja", ce qui signigie "charrier". En effet, les récoltes sortaient des terres, le plus souvent à dos d'homme.

Inlassablement, ils remontaient la terre ravinée par les pluies sur les murets des vignes et avec leur Jardinières suivaient, souvent à pied, les chargement de fruits sur les côtes de l'Estrade de Montmirat, derrière leurs chevaux ou mulets.

Les femmes d'Ispagnac montaient à Mende les jours de marché détailler leurs réputés fruits.

Voici quelques années, les Ispagnacois intensifièrent la culture des fraises et s'organisant en coopérative, se chargèrent eux-mêmes d'en assurer la livraison à Marseille par transport routier quotidien.

Ispagnac, le pays de notre enfance, pouvons-nous ne pas l'aimer... Univers des trois pierres et de l'eau, douceur et lumière de son paysage, charme de ses petites rues médiévales, de sa place aux platanes centenaires, lieu de rencontre.

Depuis le néolithique, le ciel que nous voyons est le même qu'ont vu tous ceux qui y habitaient avant nous.

Il est de notre devoir de ne pas perdre leur mémoire. Habitants lointains ou proches de nous, ils ont fait notre pays, notre histoire.