1914-1918 : La Grande Guerre

2014. Il y a cent ans commençait la grande guerre. Toutes les communes de France portent gravés sur le monument aux morts les noms de tous ceux qui ont laissé leur vie pour défendre leur pays. En août Ispagnac payait un lourd tribut avec 11 morts.

Jean Louis Humblot a souhaité les faire sortir de l'oubli en ce 100e anniversaire.

« Le 18 Août 1914 tombait Alphonse Albouy, 20 ans, le premier d'une trop longue liste inscrite au monument aux morts d'Ispagnac.

Très vite après la mobilisation générale, les régiments du midi ont été engagés en Lorraine. Les 142ème de Mende et le 81ème de Montpellier, le 342ème se portent aux frontières .....

En deux semaines toutes les illusions se seront envolées.

Fin Août, 11 Ispagnacois sont tombés. Morhange, Lunéville, Trouée de Charmes, sur ce bout de terre à l'est de Nancy les combats ont emporté Paul Nivoliès le 19, Jules Boulet le 20, deux Lapierre Marius et Camille également le 20/08, Henri Brager, Ernest Lafabrie le 22, Achille Roujon  le 25, Joseph Pauc le 27, François Roujon le 29, Fernand Molines le 30.

Des milliers d'hommes disparaissent, littéralement, lors de ces premiers engagements. Bataille de mouvement, d'artillerie, l'armée ne dispose pas encore de moyens lui permettant de suivre les pertes. Les familles abasourdies n'apprendront bien souvent la mort redoutée que par le courrier d'un compagnon survivant (ce fut le cas pour Fernand Molines disparu devant Haudonville).

Le village est frappé de stupeur, l'incompréhension puis l'angoisse s'installent devant l'hécatombe.

Le front se stabilise en Lorraine mais le front de la Marne prend le relais. En Septembre Gabriel Lascols, Auguste Jaffard, Aristide Albouy, Auguste Bonnemayre, Adrien Cogoluègnes, Léon Mallet tombent à leur tour.

Les régiments à peine reformés, comme le 142ème qui a perdu 1300 hommes le premier mois, sont envoyés en Novembre dans les Flandres aux côtés des Belges et Anglais. Les deux derniers mois de l'année Louis Dumon, Léon Hierle et Paul Pantel (tous deux le 19/11), Auguste Bousquet, Paul Riaumal, Auguste Jassin, Auguste Bazalgette meurent du côté d'Ypres.

L'année 1914 qui s'achève aura vu 24 Ispagnacois tomber, 30% des pertes de toute la guerre, en seulement 5 mois de conflit. Trois autres années vont suivre mais ces mois auront suffi à installer le  traumatisme, à changer d'époque, à douter des croyances.

Pour 1915, 17 tués. Je citerai en particulier les « alpins » Edouard Paulet , Frederic Frion et Louis Lafabrie (ces deux le 15/06) qui reposent sur les pentes du Hartmanswillerskopf, lieu choisi pour les commémorations faites par l'Allemagne et la France. La violence, les conditions des combats sur cette crête des Vosges a sans doute participé au choix de ce lieu et peut-être aussi la puissance de ces paysages en temps de paix. On peut difficilement concevoir des tranchées séparées par 20 mètres de barbelés et pourtant des milliers d'hommes se sont entretués là, les traces des combats sont encore présentes un siècle plus tard.

Le front s'est enlisé, les troupes enterrées dans les tranchées, mais la mort est présente : Urbain Mejean, Pierre Falgayrette,Albert Altier, Ernest Boulet, Augustes Soulatges, Marcellin Firmin, Auguste SaintPierre, Louis Dumon, Louis Boulet, Laurent Pelatan, Paul Boutonnet, Xavier Seguin, Léon Rouvière s'ajoutent à la liste des victimes. A Massiges, dans la Marne, quatre tués en quelques jours.

1916, l'année de Verdun et de la Somme. 17 nouveaux noms comme mangés par Vaux, Douaumont, Fleury..... Louis Pauc, Auguste Velot, Louis Dumas, Basile Estebenon, Auguste Pelet, Urbain Boulet, Louis Cogoluègnes, Auguste Rouvière, Edouard Cogoluègnes, Eugène Vincent, Paul Coulomb, Léon Jassin, Gaston Portalier, Louis Pantel, Louis Compan (Grèce), Louis Sévajols, Elie Bouteille.

1917, nous avons la bonne fortune d'être à l'écart des offensives du Chemin des Dames. Sept parmi les Ispagnacois au front tomberont cependant :  Paul Cogoluègnes, Auguste Bouteille, Léopold Peytavin (Serbie), Paul Cogoluègnes, Louis Boutonnet, Raymond Saury, Aimé Turc.

1918, De nouveau la guerre de mouvement avec la Marne (retour sur les lieux de 1914) et l'Argonne. Les champs de bataille ne sont pas la seule cause des 18 morts de cette dernière année de combat. Près de la moitié est due à la maladie. La grippe espagnole s'abat sur une Europe affaiblie. L'insalubrité des tranchées facilite l'épidémie et ses complications. Albert Molines, Jules Roujon,Louis Grignard, Davide Soulage, Augustin Cogoluègnes, Justin Albouy, Xavier Almeras, Gaston Vincent, Edouard Portalier, Fortuné Frion, Adrien Boutonnet, Jules Nicolas, René Fayet, Paul Compan, Joseph Courret, Adrien Vincent, Fortune Soulage, Léopold Boutin, Louis Boulet.

Chaque famille a été touchée et c'est la communauté entière qui a vécu ce drame. Il y a eu le retour, les valides mais aussi les blessés, les infirmes, les documents de l'administration militaire sont éloquents sur ce point. Le monde qu'ils retrouvent est peuplé de veuves et orphelins, parents portant le deuil.  Que signifie la victoire pour les survivants ?

Ces noms nous sont familiers, ils font partie de notre quotidien. A l'origine de cette réflexion sur le monument aux morts, il y a les patronymes, qui sont toujours présents dans la Vallée. Il y avait aussi ceux que l'on pouvait croiser chaque jour sur la place, Fernand Molines, Edouard Paulet, Henri Brager et autres portant le prénom d'un disparu, comme si la famille ne pouvait se résoudre à oublier et tentait d'offrir un supplément de vie à ce frère. »

 

Patronymes :

6 x Cogoluègnes

5 x Boulet

3 x Albouy, Boulet, Boutonnet, Lafabrie, Roujon, Soulage, Vincent

2 x Bouteille, Compan, Jassin, Lapierre, Molines, Pantel, Pauc, Portalier, Rouvière